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MG Paris…Sur la Route,

rencontre avec Zabou M.

Par un jour de très forte chaleur, en cette deuxième étape de mon voyage cyclo-ferroviaire entre Paris et Naples, après un départ très matinal (6h50 !!!) de Lyon et un bel arrêt en Ardèche chez Richard Tisserant, je fais mon deuxième pit-stop artistique dans l’ancienne Massalia, Marseille. C’est donc ce 21 juillet que je rencontre Zabou M. une artiste au passé plutôt nomade. Originaire d’Agen elle fait des études en arts plastiques à Bordeaux et les termine à Paris à La Sorbonne. Depuis 1999 elle vit et travaille à Marseille.

Elle développe son approche de la peinture dans les squats parisiens, notamment au pôle Pi à Belleville. L’opportunité d’avoir beaucoup d’espace ainsi que le sentiment d’urgence que l’on retrouve dans les squats lui donnent l’énergie de travailler vraiment.

Dans ses œuvres Zabou M. utilise la récupération et le recyclage, parfois pour les supports, d’autres fois en collage, en marouflant par exemple du tissu sur les toiles pour représenter un vêtement.

Déclarée comme artiste professionnelle en 2006, elle dit elle même « je n’en vis pas, je n’en meurs pas non plus… ». Ayant travaillé pour le service animation de la ville de Marseille elle n’a pas souhaité y devenir fonctionnaire.

Depuis trois ans, elle monte des dossiers pour exposer son travail en répondant aux appels à candidature.

Elle a donc montré ses œuvres dans Marseille et dans sa région, avec deux participations au Thém’Art à La Garde, dans des expo solo au crédit Cooperatif d’Aix, à la galerie Dard’Art, à la Fabrique d’art et de culture à Marseille et lors d’expositions collectives au château de Monbron et à la Galerie du Philosophe.

A la rentrée 2020 Zabou exposera avec la Monteoliveto Gallery notamment avec le projet Sur la Route du volet parisien de la galerie MG Paris.

Au cours de notre brève (entre deux trains…) mais intense interview je me rends compte que je suis en compagnie d’une artiste qui a un lien très important avec le voyage… la Route.

Hallucinations – 90×84 cm, broderie et acrylique sur carte routière marouflée sur toile
La pisseuse – 93×57 cm, collage et acrylique sur carte routière marouflée sur toile
Bords de route – 93×57 cm, collage et acrylique sur carte routière marouflée sur toile

Cartes d’art

Du voyage est né l’une des séries qui nous intéressent. Quand son fidèle camion avec lequel elle voyage tombe en panne, elle se retrouve avec des cartes routières à partir desquelles elle crée des voyages artistiques. Quand elle commence à exposer ces cartes, le public lui raconte des voyages. De ces interactions et de son expérience personnelle ses œuvres prennent vie. Certains de ces voyages sont inspirés par la carte, en un certain sens « inventés » ou « rêvés », d’autres sont des voyages que l’artiste a réellement vécus et des expériences qui lui sont arrivées.

Une nouvelle approche artistique

Ronds dans l’eau – 95×59,5 cm, collage, broderie et acrylique sur carte routière marouflée sur toile

Dans ses travaux plus récents elle décide de travailler à la broderie, ce qui n’est pas un voyage au sens propre du terme mais le côté lent de cette pratique l’attire comme un nouveau chemin à parcourir. Elle sent le besoin de ralentir la production, d’avoir du temps pour réfléchir sur son travail. C’est donc un travail plus méditatif, plus précieux en un certain sens. Cette lenteur donne finalement plus de valeur à son travail. Elle refuse donc de trop accélérer et de tomber dans la surproduction, qui pour elle ne sert pas beaucoup.

Différents types de voyages

Récemment deux photos l’ont interpellée sur internet. Deux clichés qui nous parlent d’une réalité qui prend, malheureusement, toujours plus d’envergure… le thème des réfugiés.

D’un côté un migrant enveloppé dans un duvet à fleur avec pour arrière-plan le ciel et les rails sur lesquels il marche, une image qui lui inspire fragilité et protection en même temps. De l’autre un groupe d’identitaires de bleu vêtus, manifestant à la frontière française pour la « protéger ». Elle décide, dans un premier temps, de mettre en parallèle les deux images et d’en créer une série. Soucieuse de ne pas magnifier l’idée des identitaires elle décide finalement de changer l’axe de la série pour se concentrer sur la silhouette du migrant qui traverse la frontière. C’est un travail de collage et de peinture à l’huile, sur bois ou sur toile. Plus précisément des pigments et de l’huile, appliqués par traces de couleurs. En parlant de cette création on se retrouve à réfléchir aux différents types de voyages qui peuvent être volontaires mais aussi imposés par des circonstances inévitables… Celui des réfugiés est un voyage très lent et toujours incertain du départ jusqu’à l’arrivée.

Réfugiés – tailles diverses, tissu marouflé et huile sur toile ou panneau de bois

Le confinement un moment de création…

Comme pour des millions de personnes, pour Zabou M. aussi, le confinement a été un moment d’introspection… et de création.

Pendant cette période, elle a trouvé un soutien dans la pratique de la danse libre.

La danse des 5 rythmes, l’open Floor ou la Stellar Medicine Dance sont les pratiques qui l’ont accompagnées quotidiennement. Chaque matin une enseignante guidait des voyages chamaniques, ou des danses quantiques. A partir de ces danses, et grâce aux images qu’elles lui inspiraient, elle crée une série de gravures et de peinture-broderies.

Pourquoi Marseille ?

Sur un coup de tête avec une amie. En 1999, alors qu’elles devaient libérer leur appartement parisien, son amie « rêve » qu’elles habitent la ville Phocéenne et après quelques jours de réflexion elles se retrouvent à Marseille.
En 5 jours elles trouvent un appartement et commencent leur nouvelle aventure.

Son amie n’est pas restée plus d’un an, tandis que Zabou, elle, a tissé un lien durable et fort avec la ville.

Au début il y a eu des difficultés à passer de l’incognito, l’anonymat parisien à la vie de
« grand village » marseillais, comme elle nous dit elle-même, jusqu’au moment où elle se rend compte que ça fait du bien de se balader dans un village, d’être reconnue, de parler, de retrouver le côté humain.

Quand elle arrive à Marseille elle se sent bien et fini par se rendre compte qu’elle en avait besoin.

« Quand t’habites Marseille et que tu en pars temporairement, quand tu rentres chez toi ça sent les vacances… » me dit Zabou en se rendant compte de cet énième aspect positif de sa vie marseillaise. « Le même effet que j’ai à chaque fois que je rentre à Naples… » je rajoute en comprenant très facilement cette caractéristique propre à certaines villes dans le monde.

Côté Patrimoine

« L’endroit que j’adore c’est le MUCEM, surtout le Fort Saint Jean rénové ».
La partie historique du MUCEM, inaccessible avant la création du musée, avec un jardin aromatique et ses plantes méditerranéennes et plein d’endroits où « buller », lire, se reposer de façon gratuite.

« Je trouve que c’est un endroit fantastique ».

Il est maintenant à nouveau temps d’enfourcher mon fidèle compagnon et de me diriger vers la gare. Je remercie Zabou M. pour cette très agréable pause marseillaise qui nous a permis de nous connaître et je lui donne rendez-vous à la rentrée pour les prochains évènements de MG Paris.

Vous souhaitez aller plus loin dans l’univers de Zabou M. ? 

N’oubliez pas d’aller visiter son site internet ! : https://zaboumpeintresse.wordpress.com